La légende veut que le chemin des Margueritois se nomme ainsi en raison des femmes enceintes, qui partaient en pèlerinage de Lille jusqu'à l'église Sainte-Marguerite d'Antioche à Faches, afin de solliciter les auspices de la Sainte pour assurer une bonne couche de leurs enfants à venir...
Cette raison est très probablement fondée : à une lointaine époque, le secteur entre Faches et Lille n'étant composé que de terres, voire de marécages, les populations indigènes locales pouvaient en effet voir transiter à travers les terres des personnes se rendant au lieu de culte de Faches en venant de la ville voisine...
Cependant, en étudiant le tracé dudit chemin des Margueritois - dont nous prenons le tracé qui existait jusque dans les années 1960, époque où une partie a été supprimée pour la création du lotissement des 5 Bonniers - , il apparaît très vite que le tracé présenté de ce chemin ne correspond pas vraiment à une route directe et logique reliant Lille au cœur de Faches...
Si nous effaçons l'agrandissement de Lille de 1858 (voir la carte des anciennes communes de Lille) , une Lilloise voulant se rendre à Faches devait sortir par la Porte de Paris (ex-Porte des Malades) ou la Porte Saint-Sauveur, pour gagner la Couronne Sud de Lille... mais de là, si elle voulait suivre l'itinéraire du chemin des Margueritois, il lui fallait remonter sur Thumesnil avant de suivre scrupuleusement le chemin Rouge / chemin des Margueritois pour gagner Faches ? Alors qu'entre 2, il existait d'autres raccourcis ?
Il y a donc une incohérence manifeste entre la raison de l'appellation du chemin et son itinéraire exact.
Au niveau de Faches, tous les plans anciens rencontrés s'accordent à montrer notre chemin des Margueritois relié effectivement à l'église de Faches par un axe bien droit. La fin de cet axe aurait été légèrement détourné, en raison du développement du bourg de Faches autour de l'actuelle rue Kléber, un bourg prenant en gros une remarquable forme rectangulaire... Mais sans la présence des vieilles censes et fermes flamandes édifiées depuis, on atteindrait par une ligne droite l'église de Faches avec notre chemin étudié.
Je viens de démontrer avec l'étude du chemin d'Esquermes, qu'au niveau du virage du chemin des Margueritois à hauteur du Petit Ronchin, la partie « chemin Rouge » longeant Thumesnil était à l'origine une partie du chemin d'Esquermes. Ce qui signifie que le chemin d'Esquermes croisait celui des Margueritois ; il nous reste donc à déterminer et retrouver le reste du tracé de ce dernier.
Ici encore, le tracé parcellaire immédiat sur le terroir de Ronchin ne laisse rien transparaître...
… or, grâce au plan cadastral de 1936 de Ronchin, nous remarquons que si nous poursuivons par une droite le tracé du chemin des Margueritois en venant de Faches, que notre tracé arrive… quasiment à l'endroit où la grande route de Douai forme un léger virage, une petite courbure bien étrange pour une grande route de communication alors que les 3 km derrière et les 3 km suivant ce virage sont bien rectilignes.
… et quand nous suivons la route de Douai à partir de ce point, nous traversons le terroir de Moulins-Lille, du Faubourg de Paris avant effectivement d'aboutir aux Portes de Lille...
Ainsi, à un moment de son histoire, le chemin des Margueritois a eu aussi un tronçon qu'on a jugé inutile de conserver, et a fini par s'effacer complètement avec le temps... Ce que nous considérons comme l'actuel tracé du chemin des Margueritois n'est qu'une « contrefaçon historique » du véritable chemin avec une partie du chemin d'Esquermes,
Néanmoins, nous avons donc la justification historique du nom du chemin, acheminant bien depuis Lille jusqu'à Faches nos « Margueritois(es) ».